Kamakura ne m'a pas decue, mais elle a d'abord teste ma patience. A la sortie de la gare principale, la rue touristique la plus connue etait trop bruyante, trop dense, trop decidee a resumer toute la ville en une seule image. Puis j'ai continue a marcher. Tres vite, le bruit s'est casse. La journee s'est ouverte.
Laisser tres vite derriere soi la partie la plus evidente
Il existe une version de Kamakura qui semble surchargee presque immediatement : beaucoup de boutiques souvenirs, des epaules contre des epaules, et une energie plus fatigante que charmante. Mais il suffit de marcher un peu pour sortir de cette impression. Des que les rues se vident, la ville devient bien plus interessante. On commence a trouver de petits chemins, des enceintes de temple plus calmes, et cette sensation tres satisfaisante d'etre legerement perdue dans la bonne direction.
L'etape la plus anti-Kamakura
L'un des lieux qui m'est le plus reste est le site de Yofukuji. Il n'y a presque rien a voir au sens spectaculaire du terme, seulement les fondations d'un ancien temple, placees dans un beau parc avec un etang et une arrivee par une zone boisee. C'etait l'anti-Kamakura : discret, presque vide, et memorable justement parce qu'il refuse le spectacle.
Kencho-ji pour l'ampleur, Engaku-ji pour le vrai centre emotionnel
Kencho-ji a ete un coup de coeur. Les lieux sont magnifiques, et la montee vers le point de vue sur le mont Fuji donne une vraie sensation d'ouverture. Mais le moment fort de la journee a ete Engaku-ji.
A Engaku-ji, j'ai copie des sutras dans une petite salle ou j'etais seule, puis j'ai participe a une vraie session de zazen en japonais. Je n'ai pas compris grand-chose de ce qui etait dit, mais j'ai quand meme appris la posture, la position des mains, la maniere dont le corps se pose, et la severite calme d'un lieu qui prend le rituel tres au serieux.
Marcher trop. Se perdre. Se retrouver. Essayer d'attraper le soleil juste apres zazen et se demander si l'on n'a rien appris ou exactement ce qu'il fallait.
Quelques notes pratiques si l'on veut faire la meme chose
La copie de sutras coutait 1 500 yens et la session de zazen 1 000 yens. Les deux etaient proposees un samedi, avec des horaires indiques sur le site du temple. Meme sans japonais courant, l'experience restait accessible parce qu'une grande partie passe par le corps plus que par les mots.
Continuer a marcher apres les temples
Un autre plaisir de Kamakura tient a la facon dont la ville recompense la marche sans itineraire trop fixe. J'ai aime les petites rues pres de cafes comme Saryou Kazahana, puis j'ai continue vers des chemins qui semblaient a peine exister sur Google Maps en direction du parc Genjiyama. Certains des meilleurs moments se trouvaient dans ces interstices, avec des temples caches et des ruelles presque vides qui rendaient la journee plus intime que prevu.
Rater le Grand Bouddha, puis finir parfaitement quand meme
Je suis finalement arrivee trop tard pour le Grand Bouddha. C'etait deja ferme. Dans d'autres circonstances, cela aurait ressemble a un echec, mais la journee etait deja trop riche pour etre jugee a l'aune d'un seul monument manque. J'ai donc pris le plus mignon des petits trains jusqu'a Inamuragasaki, regarde le coucher du soleil, puis termine dans un onsen spa. La seule partie que je ne referais pas est le restaurant.
A la fin, j'avais marche 25 000 pas et presque oublie de manger. C'etait une de ces journees ou l'exploration continue de devancer l'appetit.